mardi 31 mai 2011

noeud gordien (1)

Parménion le savait maintenant, il se construirait sur un autre rivage. Loin de son berceau natal et de la cellule où il avait passé son enfance et son adolescence. Il gardait un lien étroit avec elle, en tant que jeune adulte. Mais les choses devenaient de plus en plus sur, Parménion devait se construire ailleurs, établir les sous bassement de sa propre maison, travailler pour que l'architecture de celle -ci soit moins branlante que celle où il avait vécu.

C'est dans un marasme de loyauté, d'injonctions contradictoires, de prédications funestes, que Parménion avait fait son nid. Les tragédies c'étaient succédées, les jalousies envenimées, les places  confuses.  Il avait une certaine compassion  pour cette univers dans lequel, il avait accepté la place qu'il lui était attribué. Il avait refusé de pleinement s'en détacher : beaucoup par manque de réaction, un peu par fatalisme, un peu par manque de courage face à une décision qu'il avait mantes fois repoussés. Parménion le savait, ce temps était enfin venu.

Sa matrice, Théresa jouait une sorte de mère martyre et sacrificielle au service de la famille : elle qui avait tant donné, qui continuait à se sacrifier pour la survie d'un clan, qui voulait tant la liberté pour ses propres enfants et qui en même temps, les confondait, les plaçaient à une place infantile et régressive. Sauf le petit dernier qui réussissait si bien, qui n'avait que des problèmes "normaux" face à lui et à sa soeur. Petit dernier qui avait décidé évidement d'habiter pour l'instant et tant que la situation ne lui était pas trop inconfortable dans le giron de sa mère. Les deux aînés s'en étant éloignés très vite :

 " Envolez vous mes enfants, ne me faites pas subir vos problèmes  mais parlez m'en. Il faut qu'on se parle j'aimerais en savoir plus sur toi."

Cette phrase n'était qu'un prétexte pour que Parménion puisse enfin se mettre à l'écoute de cette demi-déesse qui portait tel atlas le poids du monde, non par punition mais par un choix au combien assumé... Il était tellement bon de pouvoir montrer d'autres stigmates à la terre entière que ceux d'une maladie génétique  qu'elle avait transmise à ses garçons en héritage.  à s'arracher les cheveux sur la tête.

Son géniteur, dans de grandes angoisses existentielles et contagieuses  ne valait pas mieux : il lui avait appris le code pour verrouiller toutes les portes et rester dans un présent aussi inconfortable qu'il soit. Sa devise était " attention tu ne sais pas ce qui peut arriver si tu continues comme ça. " Chaque projet était soumis a ses doutes, à ses interrogations, et étaient précaires. Chaque pas dans la rue était selon lui l'occasion de la rencontre d'un chat noir. Il ne lui avait proposé aucun modèle, aucune manière de devenir homme. Pourtant son géniteur se sentait déjà menacé par ce petit d'homme qu'il ne voulait pas voir grandir par ce qu'il était soit disant dans une position où il la séparait d'elle. Parménion était le  rival malgré lui d'un œdipe que son géniteur n'avait terminé avec sa propre mère et sa femme/mère.

Eux, ils s'étaient mis ensemble, couple parfait et tellement imbuvable : Il avait trouvé chez elle, cette femme mère, cette vierge effarouchée qui portait le poids du monde. Elle avait trouvé chez lui, l'homme qu'elle pourrait dominer, le parfait enfant de ses propres délires d' Atlas incarnée. Duo improbable et tellement complémentaire où elle reprochait à l'autre la charge qu'il représentait, tout en ne le laissant vivre qu'en creux. En lui reprochant ses absences mais tout en ne lui laissant aucune place dans la gestion de la vie familiale.

Le couple se déforma, se tritura, se déchira comme on peut l'imaginer de ce duo où le rôle de chacun est écrit tel un récit de Sophocle. On ne dira pas qu'ils vécurent heureux mais ils eurent trois enfants dont lui, Parménion était l'ainé.

Posté par Parmenion à 17:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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